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Pour une ingénierie de la friction intentionnelle

Vignette Lkdn

De la nécessité d’une « ingénierie de la friction intentionnelle » pour protéger la souveraineté cognitive des personnes et des organisations ?

Je partageais ici en janvier un billet sur les enjeux complexes de l’introduction des technologies IA dans la prise de décision humaine (Souveraineté cognitive : ce que la suppression des frictions menace).

J’y évoquais le besoin d’une « patience cognitive » (cf. Maryanne Wolf dans « Lecteur, reste avec nous »), nourrie de frictions qui structurent notre apprentissage du monde et notre cognition, profondément incarnée et relationnelle. Avec l’intuition que la suppression des frictions, complète ou partielle, menace directement notre souveraineté cognitive ainsi que notre connexion au réel, notre autonomie et notre capacité d’agir. (https://lnkd.in/er56WhFp)

Et je tombe ce matin sur un billet de Benoit Raphael que je vous invite à lire, dans lequel il souligne : « On apprend à utiliser l’IA. On n’a pas encore appris à travailler avec elle ».

Ils renvoient à deux études importantes qui révèlent un paradoxe: « l’IA nous aide, mais elle travaille plus vite que nous. Avec un risque de surcharge qui peut nous pousser à nous laisser porter sans prendre le recul nécessaire ».

A quelques mois d’intervalle, je vois se multiplier autour de moi:

  • des personnes aux usages sophistiqués qui me disent éprouver un épuisement et une surcharge cognitive dangereuse, nécessitant parfois jusqu’à un accompagnement médical;
  • des entreprises qui constatent une apparente progression de la productivité et pourtant une baisse de la qualité, voire une perte de rentabilité, avec une instabilité et une variabilité préoccupante.

Parmi les pistes que j’ébauchais, il y avait la nécessité de penser à « réintroduire de la friction de manière intentionnelle dans les produits et services, pour les collaborateurs comme pour l’entreprise pour redonner du pouvoir à l’utilisateur plutôt que de favoriser sa soumission par la facilité ».

Le billet de Benoit Raphael me laisse penser qu’il ne s’agit pas de constats isolés, qu’ils soient micro (à l’échelle des personnes) ou macro (des organisations).

Il est urgent de réfléchir à une juste « ingénierie de la friction intentionnelle » pour permettre aux entreprises de développer l’usage de l’IA. Tout d’abord pour préserver les personnes qui la constituent, et ensuite le développement et la stabilité de l’organisation.

Ce qui bien sûr, rien de nouveau me direz-vous, impose de se poser la question de la place du travail humain et celle de la valeur qu’apporte l’entreprise.

Quelle(s) juste(s) friction(s) maintenir ou réintroduire ?

Publié initialement sur LinkedIn : voir le billet d’origine

PS : Une conversation en rebond de ce billet sur linkedin et en regard d’un blog que je vous recommande (https://www.bleuprint.eu/ par Florian Herlicq) me fait réaliser que la friction comme un feature est une chose dont je vous ai déjà parlé il y a un peu plus d’un an : Introduire de la friction quand l’IA agentique promet de la supprimer :

« L’humain, par essence, sabotera toujours l’idée d’un monde parfaitement huilé. Nous avons cette capacité unique à détourner et subvertir les règles du jeu.
Ce feature (et non ce bug) ouvrent deux pistes de réflexion :
– Quelle friction maintenir pour garder le contrôle de son action, avec quelle intention ?
– Comment introduire de la friction dans ses produits/services au profit de l’utilisateur. »

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