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Introduire de la friction quand l’IA agentique promet de la supprimer

Vignette Lkdn

La friction peut être une piste pour réfléchir à l’introduction d’outil IA pour un entrepreneur ? C’est un des fruits de ce billet très riche écrit à quatre mains par Marie Dollé et Kevin Pujol : Bienvenue en Agentique !. Je m’arrêterai ici à 2 points :

✅ plus d’agents mais moins d’agentivité ?

« En cédant une part de notre autonomie, nous renonçons collectivement à notre capacité d’agir sur le monde et les autres, à les transformer ou les influencer ».

Il y a là une idée essentielle, soulignée par Matthew Crawford à plusieurs reprises : nos productions semblent conçues avec 2 effets, « augmenter la puissance de notre agir incarné » ou nous « enfoncer un peu plus dans la passivité et la dépendance ». Se dessinent 2 définitions de l’autonomie, celle qui renforce notre indépendance et celle qui la détruit en nous faisant perdre notre capacité d’action.

Parfois, si notre autonomie progresse par la baisse de notre agentivité, cela nous rend en vérité plus fragiles et donc moins autonomes (plus dépendants). Exemple : plus besoin de surveiller le niveau d’huile du moteur (la jauge manuelle a disparu) avec toutefois pour effet que nous sommes « devenus » incapables de connaître son niveau réel : lorsque le voyant s’allume, il faut aller confier rapidement la voiture à un garagiste.

Cette tension vire au paradoxe : le recul de notre agir humain (agency/agentivité) « explique l’accroissement de notre autonomie », avec le danger de perdre notre « capacité d’agir sur le monde ».

✅ Quid pour un entrepreneur ?

La réponse se trouve probablement ici : « L’humain, par essence, sabotera toujours l’idée d’un monde parfaitement huilé. Nous avons cette capacité unique à détourner et subvertir les règles du jeu ». Ce feature (et non ce bug) plusieurs deux pistes de réflexion :

  • Quelle friction maintenir pour garder le contrôle de son action, avec quelle intention ?
  • Comment introduire de la friction dans ses produits/services au profit de l’utilisateur.

Le recours aux IA agentiques doit être sérieusement pensé par les entreprises, au risque sinon de perdre le contrôle. La friction révèle ce qui bloque.

Le risque est un « mitage » de la valeur apportée : si la mite s’attaque à un nœud, le tissu risque de se déliter sans même que nous le mesurions. Nous sommes alors fragile si nous perdons un levier de notre valeur. Dès lors, il faut réinventer « la finalité des outils qu’on [nous] impose ».

Et pour vos clients ? Comment s’assurer de leur redonner du pouvoir ?

Une piste, arrêter de les penser comme des humains « moyens », des objets statistiques qui cherchent la facilité et se satisfont de produits auxquels ils deviennent soumis. Ne lissez pas « ce qui faisait sens », au risque d’y perdre ce qui fait votre unicité.

Si comme moi vous pensez qu’entreprendre est une aventure dans la durée, ne serait-ce que par compréhension de la théorie des jeux, pariez qu’ils sont intelligents et qu’ils auront envie, voire plaisir, à revenir vers vous !

Et aussi

Il y a plusieurs points dans ce billet qui mériteraient un autre partage, notamment celui de l’intention comme pouvoir et guide de l’action, la place de l’attention ou du travail, ou encore de la cadence.

Sur ce dernier, il y a des mots très justes de Simone Weil, pour qui la cadence met en lumière un problème de fond, une aliénation mal mesurée du travail sous la contrainte du temps ou du nombre (que ce soit par les algorithmes ou la mesure d’objectifs) :

« La succession de leurs gestes n’est pas désignée, dans le langage de l’usine, par le mot de rythme, mais par celui de cadence, et c’est juste, car cette succession est le contraire d’un rythme. Toutes les suites de mouvements qui participent au beau et s’accomplissent sans dégrader enferment ses instants d’arrêt, brefs comme l’éclair, qui constituent le secret du rythme et donnent au spectateur, à travers même l’extrême rapidité, l’impression de la lenteur. »

La cadence est battue, le rythme est vivant.

Tout le point est de retrouver ce qui fait que notre travail est rythmé, jusque dans ses pauses et ses silences, et non cadencé. C’est une autre piste d’action et de réflexion pour des entrepreneurs.

Publié initialement sur LinkedIn : voir le billet d’origine

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