Entrepreneurs et IA, même combat ? C’est la question à laquelle un récent billet de Marie Dollé m’a renvoyé, en écho à ce que Matthew B. Crawford écrit dans Contact.
Crawford propose dans ce livre plusieurs points utiles, notamment face à la folie IAGen:
- La perception est « incarnée », et la proprioception (la perception de notre corps qu’on peut qualifier de 6e sens) s’étend aux outils que nous manipulons: « notre attention se structure en incorporant un outil comme prolongement de notre corps ».
- Cette incarnation est telle que la perception relève autant de l’action que de la pensée. Nous percevons (comprenons) les objets au travers de gestes dont nous ne sommes pas conscients, par exemple en tournant autour.
- Ceci tend à laisser penser que le cerveau ne construit pas de représentation du monde, mais qu’il nous est connu par l’expérience.
C’est une leçon que les roboticiens sont en train d’apprendre : « La résolution des problèmes n’est pas une tâche qui incombe exclusivement au cerveau, mais relève d’une forme d’intelligence « distribuée » entre le cerveau, le corps et le monde.
Marie Dollé écrit : « Nous cherchons l’humain partout, sauf là où il est. Parce que nous avons peur de le perdre. Parce que nous refusons de croire qu’un outil puisse enrichir ce que nous sommes, plutôt que le réduire. Parce que, parfois, il est plus facile d’accuser une machine que de se demander ce qu’on y a laissé de soi.
C’est là que les entrepreneurs entrent en scène. Lorsque nous travaillons avec nos clients chez Melcion, Chassagne & Cie, pointe souvent un dissonance, que nous parlions avec eux de leur produit/service ou des outils/méthodes utilisés dans leurs entreprises: à les écouter, ces artefacts sont suffisants pour les clients ou les équipes.
Face à des difficultés de vente ou d’appréhension interne des outils/produits/services, la tentation est de pointer la responsabilité de ceux qui les manipulent, acheteurs indécis comme salariés, ou une nécessaire amélioration des outils.
Marie Dollé souligne que « nous avons créé des outils – non pour nous remplacer, mais pour porter ensemble ce que nous ne pouvions soulever seuls. » Et plus loin que « La véritable création n’est donc pas une question de pureté, mais de présence ».
Qu’on parle d’outils, ou plus spécifiquement d’IA, nous oublions l’intention derrière l’outil.
Pour Crawford, « Notre façon d’agir […] est fondamentalement structurée par notre perception fine de la situation […] la façon dont les objets matériels sont conçus et fabriqués peut soit augmenter la puissance de notre agir incarné, soit nous enfoncer un peu plus dans la passivité et la dépendance.
Si le réel disponible et perçu conditionne mes choix plus que je ne le mesure, cette question de l’intention posée par Marie Dollé est un bon guide: face à l’introduction de l’IA comme dans ce que nous créons.
L’outil commence [bien] là où finit la peur. Et l’homme, lui, commence là où naît l’intention ». Marie Dollé
Publié initialement sur LinkedIn : voir le billet d’origine
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