La théorie du piano, ou comment, avec une dose d’effectuation, Rachel Picard a injecté de l’émotion et de l’humain dans les gares dont elle avait la responsabilité.
Il y a quelques années, trois notes de musique dans le fracas ambiant, cristallines, ont conduit Rachel Picard, à l’époque à la tête de SNCF Gares & Connexions, à lancer ses équipes dans l’installation de pianos dans ces lieux de grand passage. Si la chose parait aujourd’hui banale, ce n’était pas le cas au début des années 2010.
Leur réaction : pas très sérieux ! Rien d’essentiel ! Et les procédures ? Dangereux d’installer un piano au milieu du flux des voyageurs ! Sans parler du risque de vandalisme !
D’autant que cela n’a rien d’essentiel (contrairement aux escalators), un détail au fond. Mais un détail qui fait la différence (c’est cela la #théoriedupiano).
Résultat ? une petite folie qui a fonctionné : des voyageurs qui sourient, des équipes fières et une viralité naturelle sur les réseaux. Parce que les gens ne parlent pas de ce qui est normal. Ils parlent de ce qui les touche.
Derrière l’évidence (« Il faut essayer »), pas de business plan ou d’étude de marché. Juste un piano, et un chef de gare complice qui a répondu à la question : « Et si on testait ?
L’effectuation ? C’est l’art d’entreprendre avec ce qu’on a, sans attendre d’avoir tout prévu. Cette logique d’action entrepreneuriale a été mis en évidence par Saras Sarasvathy.
5 principes qui en version « piano » donnent:
- Partir de ce qu’on a (Logique de moyens) : un budget réduit pour un piano. Pas de perfection, mais une action qui ouvre à d’autres possibles.
- Perte acceptable (temps, argent, énergie qu’on peut se permettre d’engager) : le vol ou la dégradation du piano.
- Patchwork fou : un chef de gare, prêt à tenter le coup.
- L’accueil des surprises, pour en faire quelques chose : 3 notes dans le brouhaha, le faible vandalisme, un accordeur.
- Créer le contexte (pilote dans l’avion) : choisir d’agir là où l’on a du contrôle, l’emplacement du piano, au vu et au su de tous.
Le tout en étant conscient que l’action guidera le déploiement : la demande d’un second chef de gare pour avoir son piano, puis celle d’un troisième, qui conduira à généraliser l’initiative.
Apprendre à chaque pas, apprendre à tester, à ajuster. En favorisant l’initiative, en laissant ceux qui sont au contact des problèmes les résoudre.
« Il y a des plein de ressources pour faire des choses bien et différentes » comme le rappelle Rachel Picard.
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, je vous renvoie au podcast dans lequel Rachel partage cette initiative qui, j’en suis sûr, vous a déjà fait tendre l’oreille dans une gare. C’est dans Génération Do It Yourself (Matthieu Stefani, lien en commentaire).
==
Vidéo partagée par Alban Barthélemy sur Bluesky, avec ce message qui déclenché l’écriture de ce billet : « Il y a le fracas du monde. Et puis il y a ce voyageur, jouant du Ludovico Einaudi, à 7h du matin en gare de Toulouse. » https://bsky.app/profile/albanb.bsky.social/post/3lzfomkpuwc2f
Publié initialement sur LinkedIn : voir le billet d’origine
➡️ Vous souhaitez poursuivre la discussion ? Prenez rendez-vous.
Ce blog est né d’un choix : écrire pour partager ce qui émerge de ma pratique et de mes lectures.
Vous souhaitez continuer à me lire sans qu’un algorithme filtre votre attention ? Vous pouvez vous abonner à ma newsletter ou au flux RSS de ce site pour être informé de chaque nouvel article.
