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Wabi Sabi et effectuation : la force de l’imperfection

Vignette Lkdn

« L’imperfection éclaire l’action entrepreneuriale de façon inattendue. C’est ce que j’ai réalisé en découvrant le Wabi Sabi (en japonais 侘寂) à l’occasion d’une étrange exposition organisée par le Wabi Sabi Lab, qui introduit son manifeste par cette phrase de Leonard Cohen:

« Il y a une fissure en toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière. »

Difficile d’expliciter ce qu’est le Wabi Sabi. Ni tout à fait une philosophie, plus qu’un simple concept, presque une disposition spirituelle. L’expression est une alliance de deux mots qui renvoie à la modestie de ce qui est touché par le temps ou le travail de l’homme. Et qui attire notre regard pour revenir au réel. Le 𝘬𝘪𝘯𝘵𝘴𝘶𝘨𝘪, plus connu, en est une manifestation.

Le lien avec l’effectuation, cette logique entrepreneuriale dont je vous parle régulièrement, m’a sauté aux yeux, tant ce qui apparait parfois comme un défaut (une contrainte, une incertitude, une ressource limitée) peut relever d’une ressource pour passer à l’action.

Agir avec ce qui est disponible

Saras Sarasvathy a montré que les entrepreneurs experts ne commencent pas par un plan parfait, mais par une question simple: « Qu’ai-je sous la main? ».

Contraintes budgétaires, équipe réduite ou retours clients inattendus sont autant de « fissures » qui peuvent devenir des leviers dès lors qu’on les accueille. J’en fais le constat dans à peu près tous les échanges avec les entrepreneurs que j’accompagne.

L’incertitude, terrain de jeu plus que menace

Dans le Wabi Sabi, l’impermanence relève au fond d’une esthétique singulière (parfois repris paradoxalement de façon artificielle aujourd’hui comme le souligne le Wabi Sabi Lab).

Ce qui n’est pas sans écho avec l’idée que piloter le présent est plus puissant que prédire l’avenir : que ce soit accueillant les surprises qui émergent ou en acceptant de raisonner en perte acceptable plutôt qu’en retour sur investissement (ce fameux ROI qui ne se matérialise que rarement).

La collaboration comme art de l’imperfection partagée

Une des manifestations emblématiques du Wabi Sabi est la cérémonie du thé dans la cuture japonaise: la réussite ne vient pas de la perfection mais de la contribution de chaque participant à l’harmonie, jusque dans ses imperfections. Le Wabi Sabi semble un art relationnel.

Tout comme l’est l’entrepreneuriat, par l’engagement de partenaires dans une action commune, née d’une rencontre ou d’un échange, quand bien même le chemin n’est pas tracé d’avance.

La force du temps long

Un objet Wabi Sabi gagne en valeur avec l’usage, sa valeur étant lié à son histoire. Tout comme l’activité de l’entrepreneur se déploie dans la durée, ajustant l’aventure en tenant compte de l’épaisseur du réel, en étant ce pilote dans l’avion, qui agit au quotidien pour faire avec ce qui advient.

Plus sur le Wabi Sabi Lab : https://wabisabilab.fr/

Publié initialement sur LinkedIn : voir le billet d’origine

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