De « Si c’est gratuit, c’est toi le produit » à « Ici, gratuit ou non, c’est toi le produit » ! Et quelques réflexions à la volée pour un entrepreneur.
Lors du séminaire de rentrée de Melcion, Chassagne & Cie, je n’ai pu contrôler une impatience face à cette phrase devenue banale, dont nous ne mesurons pas vraiment les conséquences. Elle fut prononcé par Michel-Marie MAUDET alors qu’il nous interpellait sur les enjeux d’autonomie que posent nos outils informatiques.
Trop peu mesurent que cet adage déjà ancien est devenu obsolète: même lorsque nous payons, nous (et nos données) restons des produits.
Ou pour être plus exacte, comme l’écrivait Bertrand Duperrin cet été, « même quand l’utilisateur paie, il continue d’être intégré au modèle économique et cela d’une manière plus profonde et systémique ».
L’IA a accéléré tout cela, sans pour autant en être à la source. Tous, et depuis longtemps, nous usons et abusons d’outils pour gagner en efficacité et en productivité. La liste est longue, depuis les pixels invisibles qui nous informent sur l’ouverture d’un mail, les liens personnalisés, et plus généralement l’exploitation de données personnelles et de comportements.
Gratuits ou non, les services que nous consommons exploitent nos données. C’était d’ailleurs le contrat tacite, mais mal compris, du web 2.0.
La boulimie est devenue telle que nombre de sites et de plateformes n’ont eu de cesse de collecter plus de données, nous mettant parfois en danger dès lors que les systèmes sont piratés, quand des solutions moins consommatrices de données et nettement plus fiables offraient de solutions pour ne pas les aspirer.

L’hypocrisie est d’ailleurs généralisée: même les entreprises qui se disent « responsables » osent les bannières de cookies avec un message du type « Votre confidentialité est notre priorité », tout en incitant à accepter un partage de données avec des centaines de « partenaires », doux euphémisme.
Autonomie et souveraineté donc? Si les entrepreneurs y semblent de plus en plus sensibles, elles sont trop souvent traités du seul point de vue de l’entreprise, et beaucoup moins en pensant à ses clients.
Ce qui laisse songeur en ces temps de RSE triomphante et de respect des parties prenantes.
Quelques pistes de réflexions pour un entrepreneur de la tech qui souhaite progresser sur le sujet, voir crédibiliser sa proposition de valeur:
- Quelles sont les données que je refuse de collecter, pour protéger la sécurité et la vie privée de mes clients?
- Quelles sont les mesures, et donc la collecte, auxquelles je renonce?
- Suis-je explicite dans l’usage et les avantages que je retire des données que j’amasse?
- Dès lors que le service que je fournis est payant, vais-je jusqu’au bout de la logique en refusant une monétisation dérivée des données que je récupère?
Et pour nous consommateurs, choisissons-nous des entreprises qui consentent/renoncent à faire de nous des produits, respectueux de notre propre autonomie?
Publié initialement sur LinkedIn : voir le billet d’origine
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