Apprendre à regarder, pour ne pas passer à côté du sujet

@AlexandreDebieve-Unsplash

Il est souvent difficile d’appréhender correctement les problèmes auxquels nous nous heurtons dès lors qu’ils sont inhabituels, ou aux causes nombreuses et entremêlées. La complexité des sujets en question et l’incertitude dans laquelle nous baignons font que le réel nous résiste.

Comment alors trouver des voies pour nous permettre d’avancer ? Une piste pourrait être de se rabattre sur les données disponibles en ces temps de data triomphante. Bien souvent malheureusement, on ne sait pas par où prendre le sujet, soit par ce que les données manquent ou qu’à l’inverse leur profusion nous trouble.

Arrêtons-nous donc un instant, pour apprendre à regarder, ensemble.

 

L’acte de voir

« L’éthique est l’acte de voir ». C’est le titre d’un article du « Markkula Center for Applied Ethics ». Pour politique que soit ce billet, il pointe un élément essentiel, pourtant si souvent évacué, parfois inconsciemment : la nécessité de regarder, pour voir.

Cette phrase, en apparence triviale, rappelle qu’en éthique, et bien au-delà, face à toute question ou problème auquel on se heurte, il est nécessaire de s’arrêter, de prendre du recul pour observer ce qui résiste à notre regard. Ceux qui pratiquent le Gemba et aiment le Lean ne seront pas surpris. Suspendre la tentation du jugement ou de la solution, pour essayer de voir les faits, le plus clairement possible.

Puisque le réel ne se laisse pas facilement capturer, tant il est complexe ou chaotique, un regard externe aide à prendre le temps de décaler le regard. Alors seulement, après s’être entendu poser les questions qui grattent, travailler à résoudre le problème ou relever le défi auquel on est confronté.

Comme le souligne Don Heider, l’auteur de cet article, on ne peut rassembler les faits si l’on refuse de les reconnaître. Vient ensuite la lourde tâche de les analyser compte tenu de leur nombre.

 

Nourrir l’acte de voir

C’est là qu’il convient de s’arrêter pour lire l’article de Harold Jarche intitulé « apprendre dans un monde complexe et chaotique ». Le modèle qu’il présente, le Personal Knowledge Mastery ou PKM, Maîtrise des Connaissances Personnelles en français, offre des pistes pour « apprendre à regarder » le réel en dépit de sa complexité, en s’appuyant sur une discipline nourrie par « des réseaux de connaissances et guidée par des communautés de pratique ».

Le schéma qu’il utilise en appui du PKM permet de guider la lecture de son article :

Je m’arrêterai volontairement ici sur un seul point, cette idée de nourrir l’« acte de voir », pertinent pour tout sujet complexe (enjeu social, transformation, innovation…).

Puisqu’une lecture simple des problèmes de cette nature est impossible, il faut admettre que nous ne pourrons y répondre isolément. La coopération, plus que la collaboration comme le souligne Harold Jarche, est une des pistes qui permet alors de sortir de l’impasse et de poser des actes pour avancer. Le premier de ces actes est de décaler le regard, de se faire accompagner dans nos apprentissages et nos observations par d’autres, ou de demander de l’aide : qu’ils soient parties prenantes au défi sur lequel on bute, internes (membres de la structure dans laquelle on agit), ou bien externes (partenaires, clients, fournisseurs, …), ou éloignés du sujet.

 

L’apprentissage, une activité sociale par nature

L’apprentissage tel qu’induit par le PKM est en effet profondément social (comme l’entrepreneuriat vue sous le filtre de l’effectuation), l’oublier conduit à ignorer une partie de la réalité. C’est là que le dialogue avec l’article de Don Heider se poursuit, lorsqu’il affirme notamment que « vous ne pouvez pas rassembler les faits si vous refusez de les reconnaître ».

J’ajouterai un dernier élément, une citation de W. Edwards Deming, un statisticien et consultant, partagée par Cecil Dijoux sur Linkedin : « Sans donnée, vous n’êtes qu’une personne de plus avec une opinion » (« Without data, you’re just another person with an opinion »).

Tout l’enjeu est alors de regarder la donnée pertinente (en prenant avec réserve celle qui nous semble appuyer notre opinion), ou bien celle qui se dérobe et à côté de laquelle nous risquons de passer (à l’image de la représentation de ce bombardier de la seconde guerre mondiale criblé d’impacts souvent utilisée pour mesurer combien une lecture trop rapide des données disponibles peut obscurcir notre compréhension et conduire à de mauvaise décision).

https://www.linkedin.com/posts/cdijoux_most-important-quote-ever-to-understand-digital-activity-6674550228818911232-ZcFj

Apprendre à regarder donc, seul tout d’abord, mais encore mieux à plusieurs pour se décentrer, et souvent. Pour s’assurer que ce que nous avons en tête est plus qu’une opinion faiblement construite, mais bien une réflexion faite de connaissances patiemment élaborées et constamment frottées au réel. Ou comme le dit Harold Jarche, « pour voir les frontières de nos connaissances, nous avons besoin de temps pour interagir, converser, réfléchir et expérimenter ».

Donner de la place au temps, pour ouvrir de nouveaux espaces, nourris par une curiosité exploratoire, afin de changer de posture et de (re)passer à l’action.


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Photo d’illustration d’Alexandre Debieve via Unsplash

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